On ne se supporte plus

Ou les difficultés du confinement en famille.

« On n’avait pas l’habitude de passer autant de temps ensemble, mais là avec le confinement, 24/24 sur le dos l’un de l’autre : ça devient insupportable ! »

En raison des restrictions sanitaires, dans l’urgence Mr et Mme V. sont obligés de rester chez eux. Et cela depuis plusieurs jours

Elle est enseignante, et, lui travaille dans un commerce (non alimentaire) qui est donc fermé. Sans s’y être préparés, ils se retrouvent confinés dans leur pavillon avec leurs deux enfants (8 et 13 ans).

Si les enfants ont pris l’annonce de la fermeture des écoles avec bonne humeur, avec le temps, les copains commencent à manquer -même si le jeune adolescent est dans un groupe WhatsApp avec des copains du collège- Ne pas pouvoir sortir de chez soi leur pèse et pourtant ils ont la chance d’avoir un petit jardin où ils peuvent se « débattre ».

Les premiers jours furent des jours d’adaptation, Monsieur et Madame V n’avaient pas la même interprétation des consignes. Madame essayait d’appliquer à la lettre les recommandations, Monsieur s’autorisait des sorties non obligatoires : aller faire un footing dans les espaces publics (très vite fermés) passer voir des amis (bien sûr sans les toucher) faire des courses « à volonté » histoire de prendre un peu l’air. La simple différence d’interprétation des consignes était déjà source de tensions.

Et puis très rapidement la logistique s’est imposée comme seconde source de conflits. Habituellement le midi (sauf week-end et vacances) chacun mangeait sur son lieu de travail ou d’enseignement. Cantine, self pour les enfants cafétéria pour Monsieur et panier repas pour Madame.

Là c’est la prise de tête : il faut des idées, faire les courses pour avoir des stocks en adéquation avec les idées, du temps pour cuisiner, manger ensemble (même si l’ambiance est parfois tendue), laver, ranger, et ça recommence deux voire trois fois par jour : et le petit déjeuner qui traine encore sur la table à 10h du matin… exaspération…

Et ça ce n’est que côté repas !

Le rangement de la maison… Madame est plutôt « rien ne doit traîner » Monsieur plutôt « de toutes façons personne ne viendra voir… » donc ça explose : « déjà que l’on n’a pas choisi d’être confiné, si en plus il faut vivre dans le bazar, ça va être invivable ». Presque malgré eux, et assez rapidement ils s’en prennent aux enfants, le regrettent très vite, « mais il y a un minimum à respecter quand même » Elle n’a même pas le temps de coudre, elle qui aime ça.

Les enfants vont parfois être les vecteurs de ce malaise, ils vont servir de fusibles, bien qu’ils n’aient rien demandé eux non plus !

En plus il faut leur faire faire leur devoir. Madame elle-même enseignante en maternelle n’a pas autant de contraintes de télé-enseignement que ces collègues de niveaux supérieurs. Donc de fait, Monsieur lui alloue cette tâche d’instruction, « normal c’est son job ». Oui pourquoi pas : mais ça n’a rien à voir entre enseigner à une classe d’enfants qui ne sont pas les siens à des heures conscrites et dans un cadre dédié à cela que de pousser ses enfants à faire ce travail.

Les trois premiers jours, il fallait prendre le rythme, mais bon ça allait, puis petit à petit les efforts se sont émoussés de part et d’autres. Connexion pas toujours facile avec les profs du collège. Les tutoriels et les « classes à la TV » ça aide mais si on s’échappe … ce n’est pas interactif ! De plus le plus jeune n’est pas très scolaire, il se déconcentre très vite, papillonne. Et Monsieur qui « en rajoute » en disant « Bâ quand tu en as 25 tu t’en sors bien et là à 2 ça traine ?» elle se défend : « Tu n’as qu’à t’y coller si ça ne te convient pas . Et puis de toutes façons même s’ils lèvent le pied quelques jours, ils ne terminent pas les 2 mois de vacances d’été moins intelligents, donc, relaxe » !

On sait que l’éducation des enfants est une des cinq premières sources des conflits[i] dans un couple en temps normal, alors là en ces temps anormaux ce ne sont plus des sources mais des torrents !

Heureusement en surfant un peu sur le net, notamment ici : Madame puis Monsieur V réagissent! Ils essaient des petits conseils pris çà et là. D’abord ça les a rassurés de lire que ces tensions et ces disputes étaient à peu près normales. Ce temps de confinement-là n’était pas planifiés, il est arrivé, brutalement avec un côté injonctif qui n’a laissé indifférent personne, une sorte d’atteinte à la liberté, à leur liberté. En plus il y a l’aspect anxiogène de la situation. Impossible d’ouvrir un canal d’info sans qu’on nous parle, de la progression du virus-ennemi, de guerre, des morts, de consignes, d’hôpitaux de réanimation, oui ce confinement bouleverse la vie quotidienne mais aussi leur état émotionnel. Ils sont moins patients, plus inquiets l’idée de la maladie de la mort rodent et c’est d’autant plus stressant que l’on se sent impuissant, néanmoins ils sont en bonne santé et leur entourage aussi. Et puis des blagues circulent des réseaux solidaires se mettent en place : ça positive le contexte.

Néanmoins, tout le monde n’a pas la même capacité d’adaptation comportementale. Certains sont plus réactifs plus efficients à la situation de confinement que d’autres qui sont plus dans une forme de déni ou de sur-stress. On sait que d’un côté le nombre de divorces et de séparations va augmenter mais aussi qu’il y aura peut-être un baby-boom dans une dizaine de mois !

Ils ont appris que le confinement est incontournable mais que la manière de le vivre dépend de chacun, et surtout, avant que ça ne se dégrade trop, ils se sont informés, ils ont pris de la distance, ils ont accepté toléré la situation et leurs humeurs. Et surtout ils ont parlé de cette pression qui montait insidieusement : des soupirs, un mot de trop-ou de pas assez-dans une phrase, un repli trop long sur les réseaux sociaux, un regard ou justement un non-regard, un reproche, une dispute… l’alchimie parfaite du couple en cocotte-minute prête à imploser… ils ont réussi à enlever la soupape avant l’implosion, tout en étant conscient que la suite ne serait pas linéaire.

Le contexte matériel différent pour chacun, Mr et Mme V ont vraiment pris conscience que d’avoir un jardin était un luxe : ils se sont mis à l’apprécier à le voir différemment. Il était un peu laissé pour compte ils vont y passer du temps pour y souffler, y goûter, pour l’arranger.

Et dans la foulée ils vont prendre soin de leur propre jardin intérieur !

(Article de Sylvie Etiève- 26 mars 2020)

Retrouvez tous des conseils pour vivre ce confinement ici

Extrait:

covid15 : SPÉCIAL COUPLE

*Ce n’était pas prévu de passer autant de temps ensemble: donc c’est compliqué: on accepte cette dose de stress.

*Et puis il y a le côté « pas de contacts qui est dans l’air » qui n’arrange rien.

*On se retrouve en face à face et ce pour un long moment (sauf pour ceux qui sont obligés d’aller travailler pour la santé, l’information, l’alimentation des autres)

*Pas facile donc. Des choses vont se révéler: on note déjà dans d’autres pays des divorces annoncés et à l’autre bout de la ligne on prévoit un babyboom d’ici 9 ou 10 mois: Donc pas de réponse générale.

*Néanmoins c’est une occasion pour mieux se connaitre, vivre des moments inédits, se faire des petites surprises.

*On peut en profiter pour faire le point, faire des projets, se souvenir d’anciens moments.

*On peut faire des jeux pour voir si l’on connait bien l’autre couple.

*Faire de nos différences une force pour traverser cette crise. Si l’un est plus ordonné et l’autre plus fantaisiste: s’appuyer dessus sera un atout.

*Et si, par moment l’on ne se supporte plus car les tensions sont exacerbées : on prend le large (enfin le semi-large) on s’isole dans une pièce, on sort (si jardin) on va faire un tour-acheter le pain avec son attestation, on appelle quelqu’un pour se changer les idées, on prend un livre on regarde un film.

*Ce moment va dépendre de ce que vous allez en faire. Une même réalité presque pour tous : le confinement : mais des conditions tant matérielles humaines que psychologiques différentes à gérer. Les optimistes seront plus faciles à vivre que les rabat-joie. Mais souvenez-vous bien que l’on peut toujours changer : changer c’est le propre de l’humain !

 « Savoir apprécier de vivre avec moins, nous permettra sans doute, de vivre mieux avec plus ? » SE


[i] Les cinq sources de conflits dans un couple sont le plus souvent : L’argent, le sexe, l’éducation et la discipline, la famille élargie (belle-famille), les tâches ménagères.

*Si vous êtes dans une situation de violences conjugales faites le 17 ou le 3919 ou rendez vous dans une pharmacie.

2 réponses sur “On ne se supporte plus”

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